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L'Album Molière
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Iconographie choisie et commentée par François Rey
« Rois et reines mis à part, peu de Français de l’ère préphotographique
ont été aussi abondamment portraiturés
de leur vivant que Molière ; aucune œuvre, aussi richement
et diversement illustrée au cours des siècles, sur le papier
ou sur les planches. Le cinéma a élargi la scène et multiplié
les visages. La ritualisation de la vie culturelle a vidé
de substance les hommages rendus au génie.
Dans l’imagerie — faut-il parler d’iconolâtrie — républicaine, il y a beau temps que Molière a rejoint
Marianne. Cet homme dont nous parlerions la langue
et dont les combats, contre l’hypocrisie, l’intolérance et
le pédantisme, seraient toujours les nôtres, ce saint laïque
objet d’une dévotion stérilisante, peut-on encore « l’aimer
sincèrement de tout son cœur », comme Sainte-Beuve le
prescrivait il y a cent cinquante ans en correctif aux divers
fanatismes ? Il semble que oui, et chaque mise en scène
réussie d’une de ses pièces permet de le vérifier. On peut
aussi — depuis trois lustres j’en fais l’expérience heureuse — tenter de le retrouver sous l’océan des commentaires,
en deçà des lectures et des relectures, chercher sa présence,
parfois la deviner, dans le tohu-bohu du Paris de son temps, entendre sa voix dans la cacophonie des textes et le
brouhaha des discours. »
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Nouvelle édition On connaît Molière, et on croit le connaître bien. Chaque génération l’a lu à sa manière. Des traditions éditoriales, et des légendes biographiques, se sont fait jour. On publie généralement ses œuvres dans l’ordre selon lequel elles furent créées, alors que pour plusieurs pièces, et notamment pour Tartuffe, on ne possède pas le texte de la création. Il aurait écrit sur la médecine parce qu’il était malade ; sur le mariage et la jalousie parce que sa femme aurait été légère… L’avantage, avec les grandes œuvres, c’est qu’elles redeviennent neuves dès qu’on veut bien porter sur elles un regard différent. Ainsi, ce n’est pas dans de prétendues difficultés conjugales qu’on cherchera la source de l’intérêt de Molière pour le statut des femmes, mais bien plutôt dans un ensemble de valeurs partagées par toute la société mondaine de son temps. De même, Molière ne fut pas un malade qui raillait ses médecins, mais un auteur qui, après l’interdiction du Tartuffe, utilisa la médecine comme allégorie de la religion, sujet désormais prohibé. De même encore, on ne peut mettre sur le même plan les pièces qu’il publia lui-même — à partir des Précieuses ridicules —, celles que firent imprimer ses héritiers et celles qui restèrent inédites jusqu’au XIXe siècle. Cette nouvelle édition, qui rompt avec de vieilles habitudes, reconstitue la trajectoire éditoriale de l’œuvre et insiste sur ce qui distingue Molière des autres auteurs de son temps : une indifférence souveraine à l’égard des règles de poétique théâtrale ; des innovations radicales dans l’« action » (la manière de jouer) comme dans la structure des pièces ; une réussite exceptionnelle dans la comédie « mêlée de musique » ; et surtout un jeu permanent, sans précédent, sur et avec des valeurs qui étaient les siennes, que partageait son public (la Cour comme la Ville), que nous partageons toujours pour une bonne part, et dont il a fait la matière même de ses comédies, créant ainsi entre la salle et la scène une connivence inouïe, qui dure encore. Le tome I contient : Introduction, chronologie,
note sur la présente édition ;
Les Précieuses ridicules, Sganarelle ou le Cocu imaginaire, L’École des maris, Les Fâcheux, L’Étourdi, Le Dépit amoureux, L’École des femmes, La Critique de l’École des femmes, Remerciement au roi, Les Plaisirs de l’île enchantée / La Princesse d’Élide, L’Amour médecin, Le Misanthrope, Le Médecin malgré lui, Le Ballet des muses / Pastorale comique, Le Sicilien ou l’Amour peintre, Sonnet à M. de La Mothe Le Vayer, Amphitryon, Le Mariage forcé, George Dandin ; Autour des œuvres de Molière : livrets des comédies-ballets ; Appendices et documents : Registre de La Grange (1659-1668), textes et gravures de l’édition des Œuvres de 1682, témoignages contemporains ; notices et notes. Le tome II contient : Chronologie,
avertissement ;
L’Avare, La Gloire du Val-de-Grâce, Le Tartuffe, Monsieur de Pourceaugnac, Le Bourgeois gentilhomme, Les Fourberies de Scapin, Psyché, Les Femmes savantes ; Pièces publiées après la mort de Molière, en 1674 : Le Malade imaginaire, dans l’édition de 1682 : Don Garcie de Navarre, L’Impromptu de Versailles, Le Festin de Pierre [Don Juan], Mélicerte, Les Amants magnifiques, La Comtesse d’Escarbagnas, d’après un manuscrit du XVIIIe siècle : La Jalousie du Barbouillé, Le Médecin volant ; Poésies diverses ; Autour des œuvres de Molière : Actes ou scènes censurés ou modifiés, livrets des comédies-ballets ; Appendices et documents : Registre de La Grange (1668-1673), « Abrégé de l’abrégé de la vie de Molière » par Donneau de Visé, documents sur les décors et les costumes de scène, textes polémiques et critiques, Le Festin de Pierre (version versifiée par Thomas Corneille) ; notices, notes et variantes, orientations bibliographiques.
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