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En Pléiade Les Mots et autres écrits autobiographiques paraît dans la Pléiade le 25 mars 2010. Chez Sartre, l’écriture « personnelle » est longtemps restée souterraine. Héritage social et familial ? « J’appartiens à une période où la littérature personnelle était peu estimée, du moins par les lecteurs bourgeois et petits-bourgeois dont étaient mon grand-père et les gens qui m’entouraient. » Ou volonté, propre à l’écrivain engagé, d’écrire pour son époque plutôt que pour soi ? Les Mots est le seul livre publié du vivant de Sartre qui relève de l’autobiographie, et encore son appartenance au genre a-t-elle été discutée : les catégories sont toujours trop étroites pour les grands textes. En 1964, lors de sa sortie, on y voit évidemment un récit d’enfance (une enfance à laquelle « Poulou » « n’a rien compris » , selon la mère de l’intéressé) et un splendide adieu à la littérature, mais on parle aussi d’un essai, d’un pamphlet, d’un livre de moraliste, d’une analyse critique ou philosophique. Une « espèce de roman », ajoutera Sartre, plus tard. Les Mots, à vrai dire, est sui generis. C’est un chef-d’œuvre, peut-être le chef-d’œuvre de l’autobiographie au XXe siècle, et son auteur ne lui donnera jamais de suite. Ce sont des publications posthumes qui viendront révéler l’importance qu’eut pour lui l’écriture autobiographique et la diversité des formes qu’a prises sous sa plume cette veine longtemps réservée aux proches : des carnets de guerre qui sont comme le laboratoire de l’œuvre à venir, des lettres en forme d’autoportrait, le journal d’un voyage en Italie, des notes prises dans les années 1950 à la relecture des carnets de guerre, les différentes versions et esquisses qui, composées de 1953 à 1963, aboutirent aux Mots de 1964, les textes brefs demeurés épars et ici publiés pour la première fois — « Importance de la vie privée : je n’ai pas à raconter ma vie de 1930 à 1939, mais on peut imaginer que j’ai vécu, comme tout le monde, et que j’ai compris que l’œuvre d’art et l’activité artistique ne sauvaient pas » —, sans oublier ces autoportraits partiels, obliques que sont les lumineux « tombeaux » écrits pour les amis, Merleau-Ponty, Paul Nizan : « J’avais cru dès seize ans que nous étions unis par le même désir d’écrire ; je me trompais. Chasseur maladroit, les mots m’éblouissaient parce que je les manquais. Nizan, plus précoce, en avait une pleine gibecière. » Oblicité : le mot définirait assez bien l’œuvre autobiographique de Sartre. C’est évident à la lecture des portraits de Nizan et de Merleau-Ponty. Ce n’est pas moins clair dans Les Mots, où l’ironie autorise un jeu complexe entre l’enfant dont il est question et l’adulte qui parle et observe : « Je tiens mon passé à distance respectueuse. » C’était déjà vrai du présent dans les Carnets de la drôle de guerre, où le point de vue adopté — « je survis à ma vie » — permettait à l’auteur de se considérer de l’extérieur, de devenir le témoin de soi-même. Les écrits autobiographiques dont ce volume met au jour la trajectoire secrète ne sont donc pas des écrits pour soi. Se peindre, très bien, mais pour se séparer de soi. Édition établie sous la direction de Jean-François Louette, avec la collaboration de Gilles Philippe et de Juliette Simont Ce volume contient : introduction, chronologie, note sur la présente édition. — Les Mots — Écrits autobiographiques. 1939-1963 : Carnets de la drôle de guerre ; La Reine Albemarle ; Retour sur les « Carnets de la drôle de guerre » (Cahier Lutèce, Relecture du cahier I, « L’Apprentissage de la réalité ») ; Jean sans terre ; Portraits (Paul Nizan, Merleau-Ponty) ; Vers « Les Mots » (notes et esquisses). — Appendices : Lettre à Simone Jollivet, Notes sur la prise de mescaline, Lettre à Simone de Beauvoir, Apprendre la modestie, Sartre parle des « Mots », « J’écris pour dire que je n’écris plus ». — Notices, notes et variantes ; index par Jean Bourgault.
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| Pour en savoir plus, nous vous invitons à consulter le dossier réalisé en 2005 à l'occasion du centenaire de la naissance de Jean-Paul Sartre : |
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