Henri Pichette.
Manuscrit des Epiphanies, avec mention autographe. Coll. part.
Les Revendications, Mercure de France, 1958
Dents de lait Dents de loup, Gallimard, 1962.
Apoèmes, Poésie/Gallimard, 1995

 

Henri Pichette (1924-2000)

Le poète Henri Pichette est décédé ce lundi 30 octobre 2000 à l'âge de 76 ans. Sa pièce poétique, Les Épiphanies, créée en décembre 1947 par Gérard Philipe et Maria Casarès, l'avait révélé comme une des voix majeures de la poésie de notre temps.

Biographie
Bibliographie

« Le poète serait l'homme qui resterait le plus longtemps et le mieux enfant au-delà de son enfance. »
(Henri Pichette)

« Un langage de démesure et pourtant à hauteur d'homme, une folie qui a raison »
(Maurice Genevoix, à propos d'Henri Pichette)

Hommage de Jean Lacouture

  « Il y a ceux qui admirent la poésie de Pichette - vitale, vocale, buccale, dressée sur l'horizon comme un cri vertical, faite pour être proférée, clamée, hurlée dans l'orage, dans le grand vent d'un monde saccagé, ou transfiguré.
Et il y a ceux qui l'ont vécue au jour le jour, au temps où Gérard Philipe s'en faisait moins l'écho que le masque porte-voix des tragiques grecs, l'organe inspirant-inspiré, à la limite de la cassure, si fraternel que nul ne pouvait douter qu'il improvisât le chant perforateur des Épiphanies
.
Au point que quand Gérard mourut, Henri fut foudroyé et des années durant, muet. Qu'étaient ces mots que la voix de soie brûlante ne porterait plus ? Condamnés à être lus ?
Les mots de Pichette, cette « poésie en expansion », selon Gracq, ont repris leur vol, et si fort que Gaston Bachelard, lecteur inspiré entre tous, lisant Les Revendications, lui écrivait : "Vous, vous avez la poésie dans le sang. Votre souffle crée des mots. Je respire mieux quand je vous lis." »
Jean Lacouture

Indications biographiques

  Né à Châteauroux le 26 janvier 1924, d'un père d'origine québécoise et d'une mère nîmoise, il eut une enfance plutôt mouvementée, dans un environnement familial quelque peu «dysloqué».
Il écrit ses premiers poèmes en 1943 et, correspondant de guerre pendant la campagne du Rhin au Danube, commence les Apoèmes en 1945, édités en 1947 par Fontaine. En 1946, il publie avec Antonin Artaud la plaquette Xylophonie contre la grande presse et son petit public ; l'été, à Louvres, il commence à écrire son chef d'œuvre, Les Épiphanies et se lie d'amitié avec Gérard Philipe. La pièce est créée l'année suivante, le 3 décembre, au théâtre des Noctambules, dans une mise en scène de Georges Vitaly ; l'ouvrage paraîtra chez K Éditeur, dans une maquette de Pierre Faucheux, et sera salué par un essai d'Adrienne Monnier dans le Mercure de France de décembre 1948.
  D'autres ouvrages paraîtront : Rond-Point, Lettres Arc-en-Ciel, Le Point vélique (1950), puis Les Revendications (1958), Odes à chacun et Tombeau de Gérard Philipe (1961) ; Pichette contribuera à plusieurs revues : Les Lettres françaises, Mercure de France, Esprit. En 1952, le TNP créé Nucléa, mis en scène par Gérard Philipe (publié par L'Arche en 1952).
Les années soixante seront marquées par ses séjours au Québec, au Moulin d'Andé dans l'Eure, à Hydra en mer Égée et à Paris ; il remettra sur le métier ses Épiphanies, dont l'édition définitive sera publiée dans la collection « Poésie/Gallimard »en 1969, avec une préface de Louis Roinet. En 1962 était paru chez Gallimard Dents de lait dents de loup. En 1979, Granit publié l'édition définitive des Apoèmes et Gallimard celle du Tombeau de Gérard Philipe. En 1988, Gallimard reprend Odes à chacun augmenté d'un lexique.
Trois volumes des Cahiers Pichette ont paru chez Granit.

Un texte inédit

  Ce texte, le dernier poème écrit par Henri Pichette, quelques jours avant son hospitalisation, paraîtra dans Les Ditelis du rougegorge.

  « De Jésus qui priait au jardin des Pardons, un petit oiseau s'approcha. Haut sur pattes fines comme aiguilles, la plume brunette un peu olive, l'œil rond comme un cassis, il s'en venait frisant le sol, sautillant et parfois s'arrêtant pour faire une révérence. Une brise lui avait dit que cet Homme-là était le cœur fait homme. Que voulait-il bien, ce petit passereau ? Il désirait visiter le cœur du Fils. Alors souriant, Jésus lui ouvrit son cœur et le petit oiseau entra dans la cage des côtes : il y fut pris d'amour et battit des ailes au rythme des pulsations divines. En souvenir de cette visite, Jésus lui empreignit la lumière de son sang sur la poitrine. Désormais, l'oiseau était baptisé rougegorge.

  Chaque jour, un rougegorge témoigne discètement de cette sorte de légende sur la branche du temps.

  Qu'il en tire profit, celui qui a des oreilles pour
entendre. »

Henri Pichette

© Gallimard 2000