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Henri
Pichette (1924-2000)
Le
poète Henri Pichette est décédé ce lundi 30
octobre 2000 à l'âge de 76 ans. Sa pièce poétique,
Les Épiphanies, créée en décembre 1947
par Gérard Philipe et Maria Casarès, l'avait révélé
comme une des voix majeures de la poésie de notre temps.
Biographie
Bibliographie
« Le poète
serait l'homme qui resterait le plus longtemps et le mieux enfant au-delà
de son enfance. »
(Henri Pichette)
« Un langage
de démesure et pourtant à hauteur d'homme, une folie qui
a raison »
(Maurice Genevoix, à propos d'Henri Pichette)
Hommage
de Jean Lacouture
«
Il y a ceux qui admirent la poésie de Pichette - vitale, vocale,
buccale, dressée sur l'horizon comme un cri vertical, faite pour
être proférée, clamée, hurlée dans l'orage,
dans le grand vent d'un monde saccagé, ou transfiguré.
Et il y a ceux qui l'ont vécue au jour le jour, au temps où
Gérard Philipe s'en faisait moins l'écho que le masque porte-voix
des tragiques grecs, l'organe inspirant-inspiré, à la limite
de la cassure, si fraternel que nul ne pouvait douter qu'il improvisât
le chant perforateur des Épiphanies.
Au point que quand Gérard mourut, Henri fut foudroyé et
des années durant, muet. Qu'étaient ces mots que la voix
de soie brûlante ne porterait plus ? Condamnés à être
lus ?
Les mots de Pichette, cette « poésie en expansion »,
selon Gracq, ont repris leur vol, et si fort que Gaston Bachelard, lecteur
inspiré entre tous, lisant Les Revendications, lui écrivait
: "Vous, vous avez la poésie dans le sang. Votre souffle crée
des mots. Je respire mieux quand je vous lis." »
Jean Lacouture
Indications
biographiques
Né
à Châteauroux le 26 janvier 1924, d'un père d'origine
québécoise et d'une mère nîmoise, il eut une
enfance plutôt mouvementée, dans un environnement familial
quelque peu «dysloqué».
Il écrit ses premiers poèmes en 1943 et, correspondant de
guerre pendant la campagne du Rhin au Danube, commence les Apoèmes
en 1945, édités en 1947 par Fontaine. En 1946, il publie
avec Antonin Artaud la plaquette Xylophonie contre la grande presse
et son petit public ; l'été, à Louvres, il commence
à écrire son chef d'uvre, Les Épiphanies
et se lie d'amitié avec Gérard Philipe. La pièce
est créée l'année suivante, le 3 décembre,
au théâtre des Noctambules, dans une mise en scène
de Georges Vitaly ; l'ouvrage paraîtra chez K Éditeur, dans
une maquette de Pierre Faucheux, et sera salué par un essai d'Adrienne
Monnier dans le Mercure de France de décembre 1948.
D'autres ouvrages paraîtront : Rond-Point, Lettres
Arc-en-Ciel, Le Point vélique (1950), puis Les Revendications
(1958), Odes à chacun et Tombeau de Gérard Philipe
(1961) ; Pichette contribuera à plusieurs revues : Les Lettres
françaises, Mercure de France, Esprit. En 1952, le TNP créé
Nucléa, mis en scène par Gérard Philipe (publié
par L'Arche en 1952).
Les années soixante seront marquées par ses séjours
au Québec, au Moulin d'Andé dans l'Eure, à Hydra
en mer Égée et à Paris ; il remettra sur le métier
ses Épiphanies, dont l'édition définitive sera publiée
dans la collection « Poésie/Gallimard »en
1969, avec une préface de Louis Roinet. En 1962 était paru
chez Gallimard Dents de lait dents de loup. En 1979, Granit publié
l'édition définitive des Apoèmes et Gallimard
celle du Tombeau de Gérard Philipe. En 1988, Gallimard reprend
Odes à chacun augmenté d'un lexique.
Trois volumes
des Cahiers Pichette ont paru chez Granit.
Un
texte inédit
Ce
texte, le dernier poème écrit par Henri Pichette, quelques
jours avant son hospitalisation, paraîtra dans Les
Ditelis du rougegorge.
«
De Jésus qui priait au jardin des Pardons, un petit oiseau s'approcha.
Haut sur pattes fines comme aiguilles, la plume brunette un peu olive,
l'il rond comme un cassis, il s'en venait frisant le sol, sautillant
et parfois s'arrêtant pour faire une révérence. Une
brise lui avait dit que cet Homme-là était le cur
fait homme. Que voulait-il bien, ce petit passereau ? Il désirait
visiter le cur du Fils. Alors souriant, Jésus lui ouvrit
son cur et le petit oiseau entra dans la cage des côtes :
il y fut pris d'amour et battit des ailes au rythme des pulsations divines.
En souvenir de cette visite, Jésus lui empreignit la lumière
de son sang sur la poitrine. Désormais, l'oiseau était baptisé
rougegorge.
Chaque
jour, un rougegorge témoigne discètement de cette sorte
de légende sur la branche du temps.
Qu'il
en tire profit, celui qui a des oreilles pour
entendre. »
Henri Pichette
©
Gallimard 2000
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