Alfred Valette (1858-1935), fondateur du Mercure de France. D.R.











Alcools, d'Apollinaire, édition de 1926.

Guillaume Apollinaire, qui contribua au Mercure dès 1904. Coll.part.























Ostinato, de Louis-René des Forêts.




















Le testament français, d'Andreï Makine.













Comédien, de Pierre Charras.

Le Mercure de France

Une revue (1890-1965)

Le Mercure de France est à l'origine une revue littéraire fondée à Paris en 1890 par quelques jeunes écrivains, réunis autour d'Alfred Vallette. Sa première livraison est datée du 1er janvier 1890. Rares sont les revues littéraires nées à la fin du XIXe siècle qui ont connu sa longévité et son prestige. C'est d'abord à la qualité de ses auteurs qu'il le doit, des premiers poètes «symbolistes» aux romanciers de l'entre-deux-guerres : Henri de Régnier, Pierre Louÿs, Remy de Gourmont, Émile Verhaeren, Rachilde, Jules Renard, Alfred Jarry, Marcel Proust, Léon Bloy, Marcel Schwob, Victor Segalen, Paul Léautaud, Apollinaire, Mac Orlan ou Georges Duhamel... Sans oublier les contributeurs aujourd'hui méconnus, critiques, érudits polygraphes ou traducteurs, à l'image de G.-Albert Aurier, Henri Albert, traducteur de Nietzsche, Henri-D. Davray, traducteur de Wilde et de H.G. Wells, ou Philéas Lebesgue. Si la littérature et l'art dominent, ils côtoient aussi bien la recension des dernières publications médicales que d'avisés conseils gastronomiques, les plus fines analyses politiques que les comptes rendus de manifestations culturelles à l'étranger. C'est là un grand mérite du Mercure de France de ne s'être laissé contraindre par aucune limite disciplinaire. Reste enfin la personnalité d'Alfred Vallette, «l'homme sérieux», qui tint jusqu'en 1935 le Mercure de France de façon très sûre, sans concession et respectant par-dessus tout la liberté de ses auteurs.
Rachilde participe aussi à l'aventure du Mercure et contribue au lancement de la revue. Parce qu'elle est romancière à succès et l'épouse d'Alfred Vallette, elle peut jouer un rôle important au sein de la revue. Elle s'adonne très tôt à la littérature et fréquente les milieux littéraires parisiens tout en publiant notamment La Tour d'Amour et La Marquise de Sade. Sa notoriété date de 1884 après la publication de Monsieur Vénus qui lui valut une condamnation pour outrage aux bonnes mœurs.

Une maison d'édition

Outre les principaux textes symbolistes, les premières œuvres de Claudel et de Gide constituent, en l'espace d'une quinzaine d'années, la base du fonds Mercure de France : œuvres vives, valeurs fondatrices de la modernité, dont le dévouement d'Alfred Vallette puis de Georges Duhamel entretient le culte et le rayonnement sous l'œil critique de Paul Léautaud, l'auteur du Journal Littéraire tenu pendant soixante ans et récemment réédité en trois volumes.
L'entre-deux guerres marque un tournant pour le Mercure de France. Le symbolisme a fait son temps ; mais le succès que connaît l'œuvre de Georges Duhamel en France et à l'étranger va permettre au Mercure de France de traverser la crise économique avec sérénité. Alfred Vallette propose à Georges Duhamel de reprendre la revue dès 1912, avant que ses récits de guerre, publiés en 1917, ne le rendent célèbre. Il reçoit le prix Goncourt pour Civilisations en 1918.
Alfred Vallette meurt en 1935 et Georges Duhamel prend la direction de la revue et de la maison d'édition jusqu'en 1938. Il est alors remplacé par Jacques Bernard qui tient les rênes de la société jusqu'en 1944. Pendant l'occupation, Duhamel voit ses œuvres interdites et pilonnées alors que Jacques Bernard s'engage dans la voie de la collaboration. Il est arrêté et jugé en 1945 pour intelligence avec l'ennemi.
À la fin des années 1950, Le Mercure de France est racheté par les Éditions Gallimard. Simone Gallimard, fidèle à la tradition de la rue de Condé, continue à perpétuer le fonds et à publier de nouveaux auteurs prestigieux comme Pierre Reverdy, Henri Michaux, Pierre Jean Jouve, Yves Bonnefoy, Georges Séféris, André du Bouchet, Adonis, Louis-René des Forêts et aussi, grâce à Renaud Matignon, alors directeur littéraire, Pierre Klossowski et Eugène Ionesco dont le Mercure de France publiera le Journal en miettes, Présent Passé, Passé Présent, sans oublier son seul roman, Solitaire.
Il faut mentionner également de nouveaux talents comme Salvat Etchart (prix Renaudot 1967), Frédérick Forsyth, Michel Butel (prix Médicis 1977), Émile Ajar, qui, avec le prix Goncourt 1975, permettra au Mercure de France de vivre une aventure exceptionnelle, Claude Faraggi (prix Fémina 1975), Jocelyne François (prix Fémina 1980), François-Olivier Rousseau (prix Médicis 1981 et prix Proust), Nicolas Bréhal (prix des lectrices ELLE et prix Valery Larbaud 1992), Paula Jacques (prix Fémina 1991), Dominique Bona (prix Interallié 1992) et, fait unique dans l'histoire littéraire, l'attribution simultanée de deux prix prestigieux, prix Goncourt et prix Médicis en 1995, à Andreï Makine pour Le Testament français traduit depuis dans 30 langues.

Le Mercure de France aujourd'hui

En 1995, Isabelle Gallimard prend la direction du Mercure de France et, tout en respectant la tradition littéraire de la maison, crée de nouvelles collections comme «Le Petit Mercure» où sont publiés des textes courts ou des nouvelles selon des thèmes puisés dans les classiques de la littérature française et étrangère, ainsi que des textes introuvables ou inédits (Françoise Dolto, Aragon, Bataille...)
Aux côtés de romanciers confirmés comme Gilles Leroy, Pierre Charras, Alain Veinstein ou Nicole Caligaris, Isabelle Gallimard publie également des premiers romans remarqués et salués par la presse comme ceux de Karim Sarroub, Jean Grégor et dernièrement, le premier roman prometteur d'une jeune femme, Ellen Willer, Baby sitting.
Dans la «Bibliothèque Étrangère», collection dirigée par Marie Pierre Bay, sont publiés des romans d'auteurs déjà célèbres comme Julian Barnes, Alain de Botton, ou Anita Desai, ou de jeunes auteurs come Hitonari Tsuji, traduit en français pour la première fois et qui a obtenu le prix Fémina étranger en 1999. En 1999, Isabelle Gallimard entreprend la réédition de textes de la prestigieuse collection «Le Temps Retrouvé». Il s'agit d'offrir au public, et aux jeunes en particulier, la possiblité de relire ces mémoires ou correspondances qui n'étaient plus disponibles depuis plusieurs années. Ce nouveau format avec une maquette moderne et élégante a d'ores et déjà rencontré son public.

26, rue de Condé
75006 Paris
Téléphone : 01.55.42.61.90
Télécopie : 01.43.54.49.91
E-mail : mercure@mercure.fr


Isabelle Gallimard, directrice du Mercure depuis 1995. photo Jacques Sassier / © Gallimard.


































Paul Léautaud, l'une des grandes figures du Mercure de France. D.R.





















Le poète et critique Yves Bonnefoy.

Shakespeare et Yeats, d'Yves Bonnefoy.










L'enfant dans la ville, de Françoise Dolto.




Ombres sur l'Hudson, d'Isaac Bashevis Singer.