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« Continents noirs » fête ses 10 ans
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« L'Afrique – qui fit – refit – et qui fera » : chaque livre de « Continents noirs » s'ouvre par ce mot de Michel Leiris, l'écrivain ethnologue si fin connaisseur des cultures et territoires d'Afrique. Consacrée aux écritures africaines, principalement d'expression française, la collection réunit des textes littéraires ou des essais, contemporains, dus à des écrivains du continent noir et, plus souvent, de sa diaspora. |
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Théo Ananissoh. Ténèbres à midi
Pour le narrateur, il s'agit d'un retour utile : mettre dans un livre les lieux et les paysages de son enfance. Une amie l'accueille, le guide, le présente aux uns et aux autres ; en particulier à Éric Bamezon, conseiller à la présidence de la République. Celui-ci le convie un soir à dîner. On s'attend à une rencontre avec un homme satisfait de sa vie et heureux de sa réussite ; on découvre, à mesure qu'avance la nuit, un être pris dans un piège aux motifs obscurs... Ténèbres à midi est un roman où percent une ironie et une lucidité rares ; c'est le récit épuré et sans concession d'une perception de soi et de ses origines. Au-delà d'une histoire située en Afrique, c'est une question ni caduque ni réservée aux autres que reprend ici l'auteur : comment se conduire en homme ou femme de conscience dans un temps de cruauté généralisée ?
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Libar M. Fofana.
Le Diable dévot Dans l'incapacité pécuniaire d'effectuer un pèlerinage à La Mecque, l'imam Galouwa craint d'être remplacé par un jeune hadji qui convoite sa place et ses privilèges. Un octogénaire lui propose le prix d'un billet d'avion en échange de sa fille Hèra, âgée de treize ans. Vendre la chair de sa chair au diable pour conserver sa religieuse fonction ? Ce marché horrible ne plonge pas du tout Galouwa dans les affres d'un choix impossible. Un imam doit-il tout accepter pour mériter d'Allah ? Que vaut une fille pour son père quand la passion et l'ambition religieuses s'en mêlent ? Et l'amour ne peut-il être alors qu'un rêve sur de la chair meurtrie ? Peut-il toucher à une diabolique rédemption ?
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Fabienne Kanor.
Anticorps
Après quarante ans de mariage, Louise décide enfin de désobéir. L'histoire d'une liberté provisoire conquise au mépris des bonnes manières. Le bilan drôle et cruel de toute une vie de rébellions étouffées, porté par une écriture à poigne.
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Koffi Kwahulé. Monsieur Ki
Voici un roman fou qui révèle, plus que les sages, notre monde, au premier, au deuxième, au trentième degré !... Cent histoires s'enchâssent, mille facettes composent ce roman-mosaïque qui se passe surtout entre Paris et un village africain où règne une désopilante folie. Roman-rhapsodie, Monsieur Ki chante et nous enchante pour caresser à rebrousse-poil notre temps...
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Scholastique Mukasonga.
L'Iguifou L'Iguifou (« igifu » selon la graphie rwandaise), c'est le ventre insatiable, la faim, qui tenaille les déplacés tutsi de Nyamata en proie à la famine et conduit Colomba aux portes lumineuses de la mort... Mais à Nyamata, il y a aussi la peur qui accompagne les enfants jusque sur les bancs de l'école et qui, bien loin du Rwanda, s'attache encore aux pas de l'exilée comme une ombre maléfique... Kalisa, lui, conduit ses fantômes de vaches dans les prairies du souvenir et des regrets, là où autrefois les bergers poètes célébraient la gloire des généreux mammifères... Or, en ces temps de malheur, il n'y avait pas de plus grand malheur pour une jeune fille tutsi que d'être belle, c'est sa beauté qui vouera Helena à son tragique destin... Après le génocide, ne reste que la quête du deuil impossible, deuil désiré et refusé, car c'est auprès des morts qu'il faut puiser la force de survivre. L'écriture sereine de Scholastique Mukasonga, empreinte de poésie et d'humour, gravite inlassablement autour de l'indicible, l'astre noir du génocide.
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Mamadou Mahmoud N’Dongo. La Géométrie des variables De Paris à Berlin, en passant par New York et Amsterdam, pour son troisième roman, Mamadou Mahmoud N'Dongo nous entraîne dans l'univers des communicants politiques, doux euphémisme pour désigner ceux qu'on nomme aussi les « faiseurs de pluie » ; hommes de l'ombre, dandys cyniques ou désabusés, véritables artisans d'un succès ou d'une défaite politique ; de Mitterrand à Sarkozy, de Reagan à Obama, d'Abdou Diouf au seigneur de guerre libérien Darius Jones, c'est plus de trente ans de l'histoire politique que nous invite à parcourir l'auteur en compagnie de ses personnages Pierre-Alexis de Bainville et Daour Tembely.
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Jean-Noël Schifano a fondé et dirige la collection « Continents noirs ». « C’est fin janvier 1999, entre Paris et Libreville où, avec Antoine Gallimard, j’étais invité par le Centre culturel français Saint-Exupéry, que naît l’idée de la collection Continents Noirs. Dès nos premiers mots échangés, Antoine m’en confie — confiance jamais démentie et qui m’a permis de tenir la barre par les gros temps critiques des premières années — la direction. Un an plus tard, fin janvier 2000, les cinq premiers titres de Continents Noirs sortent en librairie et, avec les auteurs, nous parcourons derechef les 5 473 kilomètres qui séparent Paris de Libreville pour, promesse tenue, présenter les nouveaux-nés de la nouvelle collection des Éditions Gallimard. Ces premiers voyages pour Continents Noirs et ses auteurs furent suivis par d’autres, nombreux, au Congo, à Maurice, au Cameroun, au Togo… Comme quoi un éditeur n’est pas seulement un buste qui attend des manuscrits derrière un bureau… Accompagner les auteurs sur la latérite de leurs origines, voir et apprendre au contact des univers africains, susciter, encourager les écritures, métisser avec eux nos cultures, faire circuler avec eux leurs livres en Afrique où les livres circulent encore si mal, les présenter, les lire, les faire lire, là-bas aussi, où les livres sont toujours trop chers, trop rares, surtout quand on sort des villes capitales. Une poignée de latérite donc, comme celle que les anciens font couler dans la main des jeunes avant leur exil de leur village à travers le monde, sur chaque couverture de la collection Continents Noirs ; un peu de latérite jetée sur les couvertures ivoire, comme il arrive aux artistes contemporains de le faire sur leurs toiles avec du sable ou de la terre… La terre rouge se répand ainsi où elle veut, et chaque livre, faisant partie d’un même ensemble — collection et œuvre de chaque auteur —, est ainsi unique, avec son titre toujours inscrit dans de cette latérite qui prend chaque fois une forme différente. Cultiver la diversité au cœur des invariants — de ce qui, d’un imaginaire à l’autre, d’un continent à l’autre, est permanent. Recueillir ainsi des souffles nouveaux qui dessinent déjà un nouvel humanisme. Et cela est à l’image du titre pluriel de la collection : ouverture sur la pluralité, les diversités créatrices, les styles de la plus jeune littérature du monde née à partir du continent d’où semble avoir surgi l’humanité… Mongo Beti, dont plus de mille pages (Le Rebelle, I, II, III) sont publiées dans Continents Noirs, et qui avait pensé me confier son dernier roman dont il n’a pu écrire que trop peu avant de nous quitter, se demande : « Écrivain africain, qu’est-ce que c’est ? », dernier émouvant chapitre du volume I. Je crois que Continents Noirs contribue, par les écritures exemplaires de ses auteurs, à donner bien des réponses à cette question. Dixième anniversaire de la collection (2000-2010, bientôt soixante-dix titres, plus de trente écrivains — et les trois quarts se sont découverts dans Continents noirs), j’ouvre ce premier catalogue, c’est-à-dire cette magie rationnelle de la liste, des rencontres, des retrouvailles… Un catalogue rappelle, rassure, engage ; c’est une action de grâce pour le passé, une prière pour l’avenir, une reconnaissance pour le présent… Je suis le premier à aimer les écritures de Continents Noirs, à ressentir l’émotion du manuscrit découvert qui devient livre, avec plus de trois mille lecteurs qui emportent la première édition, et d’autres encore la deuxième édition, puisque presque chaque livre de la collection, tiré à trois mille exemplaires, a été réimprimé au moins une fois. Les cinq auteurs qui publient en janvier 2010 ont tous les cinq — Fabienne Kanor, Scholastique Mukasonga, Libar M. Fofana, Théo Ananissoh et Koffi Kwahulé — choisi Continents Noirs pour leur premier roman, et ils nous donnent, en ce dixième anniversaire de la collection, leur deuxième, leur troisième, leur quatrième… Les écrivains de Continents Noirs me sont chers, y compris ceux qui n’y ont fait qu’un bref parcours, écrivains kaléidoscopiques et si puissamment créateurs et rebelles et réalistes baroques, mordant sur notre réalité hybride et mouvementée dans un monde qui voudrait globaliser, grisailler aussi les écritures. Grâce à eux, s’est consolidé ou révélé ce « désir d’Afrique », ce désir de lire le monde et ses continents cachés sous une pellicule de latérite, désir dont Ahmadou Kourouma, un soir, devant un vaste public réuni à Paris dans la Maison de l’Amérique latine, livres en main, se réjouissait, sans plus vouloir quitter le micro, avec nous. » Jean-Noël Schifano |
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Le lancement de « Continents noirs » en 2000 a été accompagné par deux numéros de La NRF. Ces pages, dédiées aux écritures africaines, dressent un état des lieux d'une littérature orale millénaire qui s'est faite livre. Extraits.
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| © www.gallimard.fr 2010 | ||||||||||||||||||||