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Robert Mallet
(1915-2002)
Le poète et essayiste
Robert Mallet s'est éteint le 4 décembre à l'âge
de 87 ans. Avant d'occuper de hautes fonctions universitaires, il fut,
de 1949 à 1959, l'un des membres de l'équipe éditoriale
de la maison Gallimard.
Indications biographiques
Bibliographie
Rencontre
avec Robert Mallet : www.ac-amiens.fr/mallet
« Journal »
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2 janvier, Paris.
Pas du tout décidé
à jouer le jeu de 1975. Encore empêtré de 1974.
Lecture pendant la nuit de Lazare, de Malraux,
dont je dois parler dans l'émission de Roger. Ce petit grand
livre me projette d'emblée contre la paroi de l'instant essentiel,
au point précis de ce que l'on vit avec la conscience la
plus aiguë du précaire, du vulnérable, de l'irréversible
et de l'insolente éternité à laquelle nous
participons, même en la perdant.
Noté :
« Je cherche la région cruciale de
l'âme, où le Mal absolu s'oppose à la fraternité. »
« L'Histoire efface jusqu'à l'oubli
des hommes. »
« Ce qui me fascine dans mon aventure, c'est
la marche sur le mur entre la vie et les grandes profondeurs
annonciatrices de la mort. »
Il a bien écrit sur le mur, et non contre
le mur. Est-il besoin d'insister ? Je le vois, funambule, circulant,
et non condamné, acculé.
« Je suis lucide, d'une lucidité limitée
au ressassement d'une terre de nulle part, à la stupéfaction
devant un état ignoré. »
Il me faudrait recopier des phrases et des phrases.
Malraux nous fait plonger dans son nombril, mais nous nous
y retrouvons. C'est cela, la vertu du grand écrivain :
son originalité se traduit en communication, il est ce qu'il
y a de plus spécifique et de mieux partagé, il se
donne il nous incorpore en se singularisant.
Il est minuit. Depuis deux heures, je dessine une main-papillon.
Pas raisonnable du tout. Sans doute est-ce une défense de
mon organisme en face du trop-plein. Quand on ne parvient pas à
se décider pour le plus urgent, on va vers le moins urgent,
qui devient nécessaire, comme une issue de secours.
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| Robert Mallet. Extrait de « Journal »,
dans La N.R.F. n° 274, octobre 1975, pp. 226-227 |
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Indications
biographiques
Né le 15 mars 1915
à Paris, Robert Mallet, d'origine picarde, est le fils d'un avocat
et l'arrière-petit-fils du fondateur des Usines du Rhône.
Alors qu'il suit des études secondaires à Neuilly puis au
lycée Louis-le-Grand à Paris, il découvre l'uvre
de Paul Valéry dont il éditera la correspondance avec André
Gide en 1955. Robert Mallet entreprend ensuite des études de lettres
et de droit. Licencié es-lettres, il effectue son service militaire
avant d'être mobilisé en 1939. Blessé à deux
reprises, puis fait prisonnier, il s'évade et entre en Résistance.
Après la guerre, Robert Mallet obtient deux doctorats, l'un de
droit et l'autre de lettres dédié à Francis Jammes.
L'édition de la correspondance de ce dernier avec André
Gide à la Librairie Gallimard lui est confiée. Robert Mallet
écrit à leur sujet : « Francis Jammes,
André Gide, deux noms qui, par leur seul énoncé,
proposent [...] des résonances disparates. [...]
Mais si les sincérités divergentes qui se rencontrent ne
fusionnent jamais, elles aboutissent néanmoins à l'harmonie,
car les accords dissonants existent comme les autres ».
Recommandé par Paul Claudel et par l'auteur d'Isabelle,
chez lequel il effectue par ailleurs des travaux de secrétariat,
Robert Mallet intègre en 1949 l'équipe éditoriale
de la rue Sébastien-Bottin où il prend en charge deux collections,
« La Bibliothèque Idéale »
et « Jeune Poésie ».
Parmi le travail accompli, on notera la participation à l'édition
des uvres complètes de Paul Claudel (à partir de 1950)
et de Paul Valéry dans « La Bibliothèque de la
Pléiade » (1957), ainsi que l'édition critique
de nombreuses correspondances.
On lui doit également la réalisation et la production
d'émissions littéraires à la radio, parmi lesquelles
figurent trente huit entretiens avec Paul Léautaud récompensés
par le Grand Prix du Disque. « Paul Léautaud n'a
jamais su ni voulu savoir les questions je lui poserais. Les échanges
de propos ont donc été entièrement "libres",
en rapport avec les réactions immédiates les plus sincères,
parfois les moins protocolaires. [
] Tant d'affirmations
jaillissantes, prises au vol et enfermées dans un livre, ne doivent
pas être confondues avec un formulaire. On peut les comparer à
des clichés "instantanés" qui saisissent la vie
mieux que les photos "posées" mais ne prétendent
qu'à la représentation d'un certain aspect, à un
certain moment, d'un paysage ou d'une physionomie », écrit
Robert Mallet dans l'Introduction des Entretiens publiés
en 1951. Suivront une seconde série d'entretiens avec Jean Paulhan,
diffusés en juillet 1952 par la Radiodiffusion française.
À la fin des années cinquante, Robert Mallet
quitte la Librairie Gallimard pour l'enseignement. Détaché
à Madagascar en qualité le maître de conférences,
il y fonde la faculté des lettres dont il est le premier doyen,
puis devient le recteur de l'Académie d'Amiens qu'il crée
à son retour en France en 1964. Nommé recteur de l'Académie
de Paris en 1969 un poste qu'il occupera jusqu'en 1980 ,
Robert Mallet met en uvre la réforme de la loi d'orientation
universitaire remodelant le paysage universitaire parisien après
1968. Il est également le fondateur, en 1974, du MURS (mouvement
universel de la responsabilité scientifique).
Tout au long de ces années éditoriales et universitaires,
Robert Mallet ne cesse d'écrire. Il est l'auteur de nombreux poèmes
(Lapidé Lapidaire ;
La Rose en ses remous ;
Quand le miroir s'étonne ;
Silex éclaté, Grand Prix de Poésie de
l'Académie Française), de romans (Région
inhabitée ; Des
rives incertaines, Prix Mondial Cino Del Luca) et d'uvres
dramatiques (L'Équipage au complet,
Prix U et Prix Pelman). Il consacre aussi plusieurs écrits à
Francis Jammes (Francis Jammes. Le jammisme ;
Francis Jammes. Sa vie, son uvre) et
à André Gide, sous la forme d'un essai intitulé Une
mort ambiguë (Prix de la Critique), et d'un article publié
dans le numéro de novembre 1951 de La Nouvelle Revue Française.
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Bibliographie
uvres
de Robert Mallet aux Éditions Gallimard et au Mercure de France
Bibliographie complémentaire
Léautaud (Paul). Entretiens avec Robert Mallet.
Collection blanche, 1951
Paulhan (Jean). Entretiens à la radio avec Robert
Mallet. Collection Arcades n° 71, 2002
Articles parus dans La N.R.F.
« L'équilibre dans
le doute », dans La N.R.F. novembre 1951, p. 135
« L'Envers d'Anvers », dans La Nouvelle
N.R.F. n° XXVIII, avril 1955, p. 751
« Un Esprit concret », dans La N.R.F.
n° XXXIII, septembre 1955, p. 570
« Antoine Pevsner, de R. Massat »,
dans La N.R.F. n° LVI, août 1957, p. 352
« Le grand Enfant », dans La N.R.F.
n° LVII, septembre 1957, p. 442
« Un archiviste monumental », dans La
N.R.F. n° LXXII, décembre 1958, p. 1046
« Présent à la Vie, étranger
à la Mort », dans La N.R.F. n° LXXXVII, mars
1960, p. 440
« Jean Paulhan ou la Leçon d'insolite »,
dans La N.R.F. n° CXCVII, mai 1969, p. 691
« Quand le miroir s'étonne »,
dans La N.R.F. n° 256, avril 1974, p. 44
« Journal », dans La N.R.F. n°
274, octobre 1975, p. 221
« L'heure du testament », dans La
N.R.F. n° 278, février 1976, p. 101
« Poèmes », dans La N.R.F.
n° 284, août 1976, p. 31
« Des images assez puissantes pour nier notre néant »,
dans La N.R.F. n° 295, juillet 1977, p. 171
Ouvrages édités
par Robert Mallet aux Éditions Gallimard
Claudel (Paul). Morceaux choisis. Textes réunis
par Robert Mallet. Collection blanche, 1956
Claudel (Paul), Gide (André). Correspondance, 1899-1926.
Préface et notes de Robert Mallet. Collection blanche, 1956
Claudel (Paul), Suarès (André). Correspondance,
1904-1938. Préface et notes de Robert Mallet. Collection blanche,
1951
Gide (André), Valéry (Paul). Correspondance,
1890-1942. Préface et notes de Robert Mallet. Collection blanche,
1955
Gide (André), Jammes (Francis). Correspondance,
1893-1938. Préface et notes de Robert Mallet. Collection blanche,
1948
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