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Collection presque anecdotique à la Libération, la « Série Noire » est vite devenue LA référence d'une certaine manière de voir le monde à travers le polar. Du roman policier américain, puis français, à une littérature noire aujourd'hui sans frontières, rapide évocation d'une longue saga depuis longtemps entrée dans la légende...
La
môme noire et blanche
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Coups
de poings américains Dès 1945, Raymond Queneau est l'un des premiers à souligner toute l'originalité de cette nouvelle littérature américaine (bien que les deux auteurs auxquels il fasse allusion, Cheyney et Chase, soient anglais et écrivent « à la manière de... ») largement inspirée de Dashiell Hammett et publiée par la « Série Noire » : « L'attention de l'auteur et du lecteur n'est plus portée sur l'intrigue, mais sur les personnages qui dessinent cette énigme [...]. La brutalité et l'érotisme ont remplacé les savantes déductions. Le détective ne ramasse plus de cendres de cigarette, mais écrase le nez des témoins a coups de talon. Les bandits sont parfaitement immondes, sadiques et lâches, et toutes les femmes ont des jambes splendides ; elles sont perfides et traîtresses et non moins cruelles que les messieurs. » Exit les enquêtes alambiquées basées sur une subtile déduction, le tout emballé dans un langage de bon ton. Le nouveau roman policier popularisé par la « Série Noire » parle la langue de la rue et des truands, et dessine les contours d'un univers où action rime avec gnon, pognon, politiciens marron ou... Bourbon glaçons. À Tombeau ouvert (Fast One, édité en 1949), du californien Paul Cain, violente peinture au couteau de l'univers des politiciens gangsters de la Côte Ouest durant les années trente, représente à lui seul le modèle du genre de romans « hard-boiled » que Marcel Duhamel compte désormais développer dans sa collection. D'autant que, de l'autre côté de l'Atlantique, sous l'influence des « géants » de cette époque (Raymond Chandler, Horace McCoy, Don Tracy, William Riley Burnett ou Dashiell Hammett), toute une nouvelle génération de jeunes auteurs trempe déjà sa plume dans la poudre et le mercurochrome... Très vite, certains d'entre eux transcenderont le genre strict du polar pour esquisser les contours d'une écriture originale dont l'influence sur toute la littérature de la seconde partie du siècle (et jusqu'à aujourd'hui) sera considérable. Dès le début des années cinquante, Marcel Duhamel se retrouve à la tête d'une véritable équipe qui doit écluser prés d'une centaine de manuscrits tous les mois pour trier le grain (de purs chef-d'œuvres) de l'ivraie (une production américaine de « pulps » aussi gigantesque que médiocre). Dans les années qui suivent, un public français de plus en plus nombreux découvre de nouveaux noms, et non des moindres : Jim Thompson, Kenneth Millar, le taciturne David Goodis, le prolixe Carter Brown ou, quelque temps plus tard, le délirant Donald Westlake, prennent petit à petit la place des premiers classiques. Les initiés commencent à suivre les aventures des flics 87e District d'Isola (une ville qui ressemble comme deux gouttes de béton à New York), à travers la grande saga d'Ed McBain. Mais c'est est un ex-taulard Black americain exilé à Paris qui, en 1958, crée la surprise et bouleverse une fois de plus toutes les règles du polar à la Chester Himes, avec La Reine des pommes donne à la « Série Noire » de nouvelles lettres de noblesse et prouve une fois de plus que la différence entre le genre policier et la littérature tout court n'est parfois pas plus épaisse que le papier d'une cigarette américaine au filtre maculé de rouge à lèvres (dans une courte note enflammée, Jean Giono n'hésitera d'ailleurs pas à comparer le créateur de Ed Cercueil et Fossoyeur à Steinbeck, Dos Passos et Hemingway !). La « Série Noire » est devenue une véritable institution. |
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French
connection Si la « Série Noire » devient vite la référence du nouveau roman noir américain et publie dès ses débuts les meilleurs représentants du genre, les auteurs français ne sont pas en reste de cette véritable révolution littéraire. Dès 1948, sous le pseudo très anglo-saxon de Terry Stewart, Serge Arcouët s'impose comme le premier « local de l'étape ». Il sera rejoint et rattrapé quelques années plus tard par Albert Simonin, dont le Touchez pas au grisbi !, préfacé par Pierre Mac Orlan, s'affiche rapidement comme une des meilleures ventes de la collection. Avec ce premier roman exceptionnel, écrit en argot (et d'ailleurs suivi d'un précieux glossaire qui deviendra en 1968 Le Petit Simonin illustré par l'exemple), cet ex-chauffeur de « rongeur » (de taxi, quoi !) devenu du jour au lendemain auteur de best-sellers ouvre une brèche dans laquelle Jean Amila, Ange Bastiani, Auguste Le Breton, Antoine-Louis Dominique (et sa fameuse saga du Gorille) ou Pierre Lesou (Le Doulos) vont vite s'engouffrer pour former la première d'une longue série de vagues d'écrivains français. Désormais, parallèlement à une production américaine en perpétuel renouveau, une école typiquement hexagonale, qui n'aura rien à envier à ses homologues yankees (loin de là), va nerveusement refléter, à travers une œuvre romanesque d'une rare richesse, les tendances et les convulsions de la société française. Elle explosera au lendemain de mai 68, grâce à Jean-Patrick Manchette (Laissez bronzer les cadavres !, Nada, etc.), pour rapidement envahir le catalogue d'une « Série Noire » une fois de plus au cœur de la création littéraire. À la disparition de Marcel Duhamel, en 1977, son successeur Robert Soulat, parallèlement à de nouvelles grandes signatures venues d'outre-Atlantique (à commencer par Jerome Charyn, dont le premier volume de la trilogie d'lsaac Sidel, Marilyn la dingue, sort cette année-là), accentue encore ce recentrage sur des écrivains « terroir » aux allures de jeunes gens en colère. Une nouvelle génération nettement plus rock'n'roll, élevée au biberon « Série Noire » depuis son plus jeune âge, se sert d'un polar complètement transfiguré pour appuyer là où ça fait mal, dans une grande tradition hard-boiled revue pour l'occasion Sex Pistols ou Little Bob Story. Tito Topin (Graffiti Rock), Didier Daeninckx (Meurtres pour mémoire) ou Jean-Bernard Pouy (Nous avons brûlé une sainte) durcissent un peu plus le ton d'une « Série Noire » qui se veut plus que jamais une collection d'instantanés sur une époque et une société (« les polars/polaroïds », selon la formule de Pouy). La célèbre collection de Gallimard entre dans un nouvel âge d'or. Et signe des temps si le numéro 1000 de la collection célébrait un auteur américain vedette (Jim Thompson), le deux millième volume salue un des meilleurs représentants de cette « new wave » française, Thierry Jonquet. |
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Planète
noire Philippe Blanchet |
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