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| Marcel
Duhamel, Jean Giono et Raymond Queneau témoignent... |
« Notre
but est fort simple : vous empêcher de dormir »
En 1948,
Marcel Duhamel écrit ce qui restera longtemps « le
manifeste de la Série Noire ».
Après plus de cinquante ans, ce texte reste d'une rare actualité. La preuve
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Que
le lecteur non prévenu se méfie : les volumes de la « Série
Noire »
ne peuvent pas sans danger être mis entre toutes les mains. L'amateur
d'énigmes à la Sherlock Holmes n'y trouvera pas souvent son
compte. L'optimiste systématique non plus. L'immoralité admise en
général dans ce genre d'ouvrages uniquement pour servir de repoussoir
à la moralité conventionnelle, y est chez elle tout autant que les
beaux sentiments, voire de l'amoralité tout court. L'esprit en est
rarement conformiste. On y voit des policiers plus corrompus que les
malfaiteurs qu'ils poursuivent. Le détective sympathique ne résout
pas toujours le mystère. Parfois il n'y a pas de mystère. Et quelquefois
même, pas de détective du tout. Mais alors ?... Alors il reste de
l'action, de l'angoisse, de la violence sous toutes ses formes
et particulièrement les plus honnies du tabassage et du massacre.
Comme dans les bons films, les états d'âmes se traduisent par des
gestes, et les lecteurs friands de littérature introspective devront
se livrer à la gymnastique inverse. Il y a aussi de l'amour
préférablement bestial de la passion désordonnée, de la haine
sans merci. Bref, notre but est fort simple : vous empêcher de dormir. |
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| Marcel
Duhamel |
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La
position du lecteur de Série Noire couché
Jean Giono (comme André Gide d'ailleurs) fut un des premiers fans de la
« Série
Noire ».
En juillet 1959, il écrivait dans le bulletin de la N.R.F un véritable
hommage à la célèbre collection. Extraits.
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De
temps en temps je me réserve un jour à romans policiers. Quand c'est
l'hiver, je choisis un sombre dimanche. Il faut que le ciel soit lourd
et bien installé, avec un vent qui agite la pluie et en flagelle les
vitres. Il doit faire ce froid qui pénètre les os. Je ne me lave pas,
je ne me rase pas, je reste en pyjama sous ma robe de chambre.
[...] D'autres fois, c'est l'été. Alors il me faut un jour très
chaud, les volets clos, les murs frais, la pipe au lieu du cigare
(la pipe a son goût exalté par la fraîcheur), un rayon de soleil pour
faire danser les poussières, si possible une guêpe (pour la musique)
et un divan, pour interrompre l'absence de problèmes par le néant
de la sieste. Je lis très volontiers les Gorilles, Giovanni, Simonin,
Bastiani. On sort de là très rassuré, très dispos. C'est un plaisir
et une médecine. J'ai lu entièrement un Chester Himes tout à fait
remarquable : Dare-Dare. Je le conseille à quelqu'un qui voudrait
m'imiter un jour prochain. |
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| Jean
Giono |
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Dès 1945, Raymond
Queneau est l'un des premiers à souligner toute l'originalité de cette
nouvelle littérature américaine largement inspirée de Dashiell Hammett
et publiée par la « Série Noire » :
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L'attention
de l'auteur et du lecteur n'est plus portée sur l'intrigue, mais sur
les personnages qui dessinent cette énigme [...].
La brutalité et l'érotisme ont remplacé les savantes déductions. Le
détective ne ramasse plus de cendres de cigarette, mais écrase le
nez des témoins a coups de talon. Les bandits sont parfaitement immondes,
sadiques et lâches, et toutes les femmes ont des jambes splendides
; elles sont perfides et traîtresses et non moins cruelles que les
messieurs. |
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| Raymond
Queneau |
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©
Gallimard 2001
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